Etape 1 Mini-Transat : Alizés Portugais et approche de Lanzarote

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 Moyens de communication ultra-limités et conditions de vie extrêmes font de la Mini-Transat une course au large atypique et singulière. Une course qui se raconte après coup. Qui doit être digérée et analysée, refaite inlassablement entre concurrents jusque tard dans la nuit. 

     Quelques jours après l’arrivée de cette première étape, la nécessité de trouver les mots pour partager cette expérience extraordinaire se fait bien sentir. Cette course est un rêve ancré en moi comme une seconde nature et vous êtes nombreux à m’avoir permis de le concrétiser aujourd’hui et de le vivre pleinement.

     A vous tous, MERCI.

Lire la première partie et la seconde de ce récit.

 

 

Dans les Alizés Portugais... - Crédit photo : Jacques Vapillon

 

Casque lourd

     Après le contournement de la zone de séparation du trafic (DST) du Cap Finisterre sous grand spi, le vent rentre de plus en plus fort au cours de la journée. Ce renforcement était prévisible mais je ne m’attendais pas forcément à autant de vent et surtout à une telle mer. Je suis obligé de passer sous spi medium pour décharger le nez du bateau, et lui permettre une meilleure glisse.

     Au cours de la nuit, les vitesses s’affolent. La couverture nuageuse est telle que l’obscurité est quasi totale sur le plan d’eau. Bien reposé de la nuit précédente, je choisis d’attaquer toute la nuit, bien décidé à tout faire pour décoller un peu le paquet de poursuivants que je sens sur mes talons… J’entends quelques échanges à la VHF qui confirment mon sentiment : pour dormir il faut réduire la voilure, et ça va quand même nettement moins vite ! Au petit matin la surprise est plutôt agréable, non seulement le groupe de poursuivants a un peu décroché mais pour couronner le tout, je suis 6Nm sous le vent de Fred (800), pourtant sorti du DST avec 6 Nm d’avance !

 

Dans les Alizés Portugais... - Crédit photo : Jacques Vapillon

 

     En milieu d’après-midi, le vent est toujours soutenu et nous approchons des côtes portugaises à la hauteur de Lisbonne. Il y a une nouvelle zone interdite à contourner et quand je vois Fred empanner, j’empanne devant lui… comme pour les régates en Baie de Quiberon, les vagues en plus ! A la tombée de la nuit, la fatigue commence à être de plus en plus pesante… Je n’ai pas lâché la barre depuis une grosse trentaine d’heures, Fred est un peu revenu mais je le contiens toujours, nous avons collé une bonne vingtaine de milles au paquet.
 
     Je sais qu’il faut que j’évite de me mettre dans le rouge, car il reste encore du chemin à parcourir. Bien trempé, je commence à avoir froid et, surtout, je n’ai rien avalé de plus qu’un saucisson attrapé à la va-vite… Je cherche à trouver les bons réglages de pilote mais je n’arrive pas à le faire tenir. Je demande quelques conseils à Fred qui est à portée VHF et qui est surtout un expert dans le développement de ce genre de systèmes… Il m’aidera autant que possible mais nous ne naviguons pas avec la même génération de matériel. Après une grosse heure de lutte avec les réglages de l’électronique, un constat apparaît de façon évidente : si je veux dormir, il va falloir réduire. Je fonds en larmes en me préparant à affaler, je sais que Fred est plus reposé que moi et qu’il va inévitablement me dépasser quand je serai à la bannette dans les bras de Morphée…

     Je ne suis pas encore tout à fait dans le rouge et 2 milles après je reprends mes esprits, le bateau tient sous pilote avec le code 5 et, même si l’angle est beaucoup moins bon, la vitesse reste satisfaisante. Si j’ai craqué, c’est qu’il est grand temps d’aller se coucher, direction la bannette après un repas chaud plein de réconfort…

 

Dans les Alizés Portugais... - Crédit photo : Jacques Vapillon

 

Renvoyer de la toile

     Le vent mollit au large de Gibraltar et nous ressortons les grands spis. Désormais, l’essentiel du jeu est de rester attentif aux rotations et à la force du vent pour faire le moins de route possible à la vitesse la plus rapide possible. Dans la journée du jeudi 24, je me fais décrocher par Fred (800) qui a une vitesse impressionnante dans ce vent de 8-12nds accompagné d’une forte houle. J’assiste également au retour de Ludo (667), à côté de qui je naviguerai toute la journée du vendredi 25. Le vent est toujours aussi mou et je reste vraiment attentif aux réglages du bateau mais, clairement, j’ai un moins bon compromis que lui, et ça me fait rager ! La journée n’est pas des plus agréables et à la tombée de la nuit, je perds son signal AIS, il a désormais plus de 6 Nm d’avance…

     A ce stade de la course, il est dur de savoir où sont les adversaires. Ont-ils effectué plus de bords de recalage vers l’ouest du plan d’eau ? Ont-ils plus navigué sur la route directe que nous, quitte à s’enfoncer dans l’est ? Au dernier pointage que nous recevons à la vacation, Fred a pris la poudre d’escampette, Ludo et moi sommes pointés à égalité puisque le classement est effectué aux aurores, mais surtout les gars derrière ne sont pas loin…

 

Dans les Alizés Portugais... - Crédit photo : Jacques Vapillon

 

Aller chercher la droite

     Peu avant la tombée de la nuit, le vent se renforce doucement, le bateau accélère et ces sensations de glisse pure viennent me redonner un large sourire après cette journée un peu dure à vivre… A quelques dizaines d’heures de l’arrivée, il est grand temps de penser à se recaler dans l’ouest, le vent risquant très certainement d’être plus nord-est (plus à droite) en arrivant sur les Canaries. J’empanne peu après la tombée de la nuit pour suivre cette logique et naviguer vers l’ouest.

     C’est dur psychologiquement parce que ce n’est pas le bord rapprochant. Dans ce vent-là, je trouve le meilleur compromis (vmg) en lofant pour faire accélérer le bateau très fort : ça ouvre les angles de descente au vent arrière. Il faut vraiment rester attentif à relancer le bateau en permanence pour ne pas ralentir.

     Là, je mets le cerveau en mode calculatrice, et simule différents schémas d’évolution en terme de force et de rotation de vent. Le premier constat est que les prévisions du matin annoncent un vent ENE à NE (23° à 45°) sur notre zone de navigation. Je navigue dans du vent moyen au 15° en tribord amure, et j’estime que je ne peux que prendre de la droite, ce qui me permettra de « passer à la caisse » en bénéficiant d’un meilleur angle au vent pour faire route directe rapidement sur la fin.

     Le second constat qui s’impose, c’est que désormais si le vent se maintient, nous arriverons sous 24 heures. L’escale est proche, alors la conclusion est évidente : on prendra soin du bonhomme là-bas, et on peut tirer dessus avant ça ! L’idée est donc de ne plus lâcher la barre et de faire marcher le bateau.

     En milieu de nuit, alors que je me prépare à empanner, je distingue un feu de mât qui croise devant moi. Il paraît un peu loin. Ayant arraché la prise d’un câble de mon AIS en sortant du bateau, je ne sais pas qui ça peut être… Quelques dizaines de minutes plus tard, j’entends Luke Berry (753)  à la VHF ce qui confirme l’idée que je m’étais faite : en décroisant derrière lui, je ne peux pas être mieux qu’en 5e place… Je me sens bien énervé, et surtout déterminé à conclure sur une meilleure note cette première étape…

     Je continue à barrer et prends des relevés de la position de Luke au compas régulièrement. Il doit dormir, car nous maintenons l’écart alors que le vent refuse… Quand le jour se lève, le vent s’est stabilisé autour d’un axe bien nord-est (45°/50°), et j’ai bien avancé sur Luke dans les dernières heures. Avec l’apparition du soleil je ne distingue plus son feu et n’ai donc plus de repère, mais je sais que nous arriverons aux Canaries avant la tombée de la nuit alors il faut y aller et allumer !

 

Dans les Alizés Portugais... - Crédit photo : Jacques Vapillon

 

L'approche des îles

     Apercevoir la terre après une semaine de mer est toujours un moment d’une rare intensité. Je le vis comme un cadeau, et je savoure ces instants… Les conditions sont idéales : le bateau déboule, j’ai le sentiment qu’après cette bascule prise à l’endroit je ne peux qu’être revenu sur les gars dans l’est… Ayant beaucoup navigué vers l’ouest, je ne me suis pas beaucoup rapproché des îles dans la nuit et je décide donc de ne pas écouter la vacation : la météo risque peu d’évoluer, et surtout le classement risque de faire un peu mal à entendre, je ne veux donc pas me démobiliser avec des informations de ce genre. On me racontera plus tard que j’y étais nommé en 6e position, Clément Bouyssou sur le 802 étant aussi passé devant…

     Alors que je gère ma trajectoire d’approche au nord de Lanzarote entre la pointe nord de l’île et le Roque del Este, je reçois un signal AIS de Fred… C’est une excellente surprise ! Cependant, je n’ai plus d’informations GPS dans mon appareil, donc je n’ai pas immédiatement l’information me permettant de savoir où il se trouve par rapport à moi. Je décroche immédiatement la VHF et l’appelle en entrant sa position dans mon autre GPS. Je donne ma position à Fred, on est visiblement très proches l’un de l’autre… Il arrive de l’est et est toujours tribord amure, je croise 1 Nm devant lui sur l’autre bord, c’est juste inespéré !

     Pour l’avoir plus que récemment constaté sur la deuxième étape de la Transgascogne, je sais que Fred est un régatier redoutable et que les 20 Nm nous séparant de l’arrivée peuvent lui fournir maintes opportunités de me griller la politesse sur la ligne… !

 

Dans les Alizés Portugais... - Crédit photo : Jacques Vapillon

 

     Globalement le schéma est assez simple, il ne reste qu’un dernier empannage à ajuster pour venir couper la ligne d’arrivée devant la ville d’Arrecife. Légèrement sous pression pour la première fois sur la course depuis mon enroulement de bouée n°1, je passe au travers de ma manœuvre en envoyant trop de quille sous le vent avant d’engager la rotation du bateau… Le bateau lofe doucement, le pilote décroche et me voilà sur la tranche ! A 8 Nm de l’arrivée, la tête de mât va faire un tour dans l’eau… Voiles choquées en grand : il ne se passe rien. Je suis obligé de larguer la drisse de spi pour reprendre le contrôle et faire abattre le bateau. Il faut s’arracher sur la drisse pour renvoyer le spi qui est dans l’eau devant le bateau et qui risque de passer dessous… Je n’avais pas de chronomètre sous la main, mais je peux vous assurer qu’il n’est jamais monté aussi vite !

     Je finis la manœuvre et reprends ma route, Fred est un peu revenu mais rien de dramatique, je ne suis pas passé loin de la correctionnelle ! Il reste 7 Nm à faire en route directe vers la ligne et après quelques minutes consacrées à faire baisser le niveau de tension à bord, je commence à réaliser et à profiter..

 

En approche de la ligne d'arrivée... - Crédit photo : MTIDG 2015

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